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Eléments clefs de la politique de recherche de Sciences Po, le master recherche et le doctorat ont fait l’objet d’un remodelage particulier qui entrera en vigueur dès l’année prochaine.

Le cursus recherche, nouvelle formule

La réforme consiste en une transformation du master recherche et du doctorat de Sciences Po, qui prévoit de les fusionner en un parcours doctoral (PhD) à l’américaine. Ce diplôme serait alors de 5 ans (l’équivalent des deux ans de master + 3 ans de thèse). Le premier danger se pose de manière immédiate : un tel PhD suppose un engagement pour 5 ans. Le projet souligne bien le caractère «exceptionnel», devant respecter des règles strictes, d’un arrêt de formation à la fin du master. Tous les étudiants du master recherche à Sciences Po veulent-ils continuer en thèse ? Comment pourrait-on être sûr de notre volonté de poursuivre la recherche jusqu’en thèse en sortant de troisième année ? Ces questions montrent de manière encore plus pressante la nécessité des modules d’initiation à la recherche que nous réclamons pour les premiers cycles, afin d’avoir a minima une première approche de la recherche avant de s’y engager pour cinq années. De plus, la durée de la thèse, limitée de manière presque exclusive (là aussi des dérogations ne seront attribuées qu’à titre exceptionnel) à 3 ans, apparaît très cou- rte ; en particulier lorsqu’on sait que la durée moyenne de thèse était de 6,8 ans cette année. De manière générale, Sciences po soulignerait de nouveau son cloisonnement trop grand par rapport au système universitaire et de recherche français, de par son statut hybride entre les doctorats délivrés par les facultés et les PhD à l’américaine. Difficulté qui déconnecterait les doctorants de l’IEP du monde universitaire et poserait de nouveau un problème pour l’insertion professionelle de ces derniers, l’université étant le débouché naturel des jeunes docteurs de Sciences Po. Néanmoins, le principal problème de la réforme sera la mise en place de la sélection à l’entrée dans ce PhD. L’étudiant en 3A aura la bonne surprise de découvrir la procédure de « recrutement » désormais mise en place à l’entrée de l’école doctorale… En effet, il faudra désormais remplir un vrai dossier de sélection (lettre de motivation, notes des années précédentes, CV et même des lettres de recommandation !), qui de plus s’effectuerait sur la base des seuls résultats disponibles, ceux de 1er cycle, a priori peu évocateurs de la capacité des étudiants à être de bons chercheurs. A l’issue du dernier Conseil de Direction -auquel l’UNEF avait obtenu que soient débattues les modalités d’application du PhD (estimant qu’une feuille recto verso n’était pas suffisante pour décrire les profonds bouleversements de la politique de recherche…), l’objectif est désormais clair : diminuer par deux les effectifs de l’Ecole Doctorale. D’où cette nouvelle procédure de recrutement… qui ne s’accompagne même pas, comme la réforme nous avait été en partie justifiée, d’une augmentation du nombre de bourses pour les doctorants. La direction nous dit s’inquiéter des débouchés des doctorants en limitant leurs effectifs. Mais ne relève-t-il pas de la responsabilité de Sciences Po d’embaucher des enseignants chercheurs ? L’IEP se résignerait-il à affaiblir sa recherche de manière conséquente ?

Premières garanties pour les doctorants à l’IEP…

Lors des ces derniers mois, l’ensemble de la communauté universitaire s’est mobilisée pour dénoncer les réformes qui pesaient sur la mission de service public de l’enseignement supérieur. Sciences Po n’est pas exempt de remise en cause de la recherche. Les élus en conseil de l’école doctorale se sont ainsi mobilisés à travers notamment une lettre ouverte à la direction qui a recueilli de nombreuses signatures, faisant part notamment de leurs regrets du « peu de cas qui est fait, dans notre établissement, de la recherche et de la formation à la recherche ». Une des principales inquiétudes concernait la rétroactivité de la mise en place d’une limitation de la thèse en trois ans – chiffre bien inférieur à la moyenne nationale. Grâce à la mobilisation de la communauté universitaire (doctorants, étudiants, professeurs…), la direction a renoncé à rendre rétroactive cette réforme et à contraindre les doctorants à achever leurs travaux dans l’urgence, travaux entamés sans limite précise de temps. La mobilisation a montré à la direction qu’elle devait considérer les doctorants comme des interlocuteurs incontournables. Cela peut être considéré comme une première victoire. Néanmoins, l’essentiel de nos revendications reste sans réponses précises (sélection à l’entrée, modalités de réinscription ou de radiations, recrutement de nouveaux enseignants chercheurs parmi les doctorants…) et il s’agit donc de rester vigilant et mobilisé sur la mise en œuvre pratique de la réforme.

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